03.09.2015
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Élixir – Mot du jour

Le mot élixir n’est pas un mot que nous utilisons tous les jours, mais chaque rencontre avec lui fait l’objet d’associations plus fantaisistes les unes que les autres. Un liquide ordinaire ne peut être baptisé élixir que par les publicitaires les créatifs, mais pour ceux qui ne travaillent pas dans le marketing, ce mot évoque des petits flacons de forme bizarroïde contenant des liquides de couleur vive aux pouvoirs magiques. Il suffit de penser au flacon étiqueté « Buvez-moi » d’Alice au pays des merveilles.

L’histoire du mot élixir comblera toutes nos attentes puisqu’elle est en effet associée à la magie.

Ce mot viendrait du grec tardif xerion, littéralement « poudre pour sécher les blessures », et aurait de toute évidence été utilisé pour désigner un remède médical permettant de soigner les plaies ouvertes.

Le mot élixir est apparu au VIIe siècle de notre ère en latin médiéval comme un dérivé direct d’un mot arabe désignant une substance aux propriétés miraculeuses appelée « al-iksir ».

Ses premiers emplois étaient liés à des textes bibliques et faisaient référence à l’eau ou à la fontaine de jouvence.

Qui veut vivre éternellement ? Levez la main ! L’élixir de vie éternelle comme panacée à toutes les maladies, capable de créer la vie ou d’offrir la jeunesse éternelle, fait l’objet d’une quête depuis la nuit des temps et a toujours été entouré de mystique. Tous les mythes indiquent plusieurs conditions singulières à remplir : boire l’élixir dans un certain récipient, à un certain moment et dans certaines conditions.

La plupart des tentatives réelles, dans différentes cultures, a entraîné des dégâts collatéraux tout sauf magiques. Ainsi, plusieurs empereurs chinois sont morts empoisonnés après avoir ingéré un élixir contenant du mercure.

Mais que vaudrait la vie éternelle si elle était vécue dans la pauvreté ? C’est là qu’intervient la quête de la pierre philosophale menée par des alchimistes désireux de s’assurer que la vie éternelle serait également une vie de richesses. Cette substance alchimique légendaire, en plus de garantir l’immortalité, devait rendre son propriétaire aussi riche que Crésus. Magnum Opus (grand œuvre) est le nom donné au processus alchimique permettant de créer la pierre philosophale, un travail de longue haleine dont les premières références écrites remontent au IVe siècle de notre ère.

Au XIIIe siècle, le scientifique et philosophe Albertus Magnus rapporte dans ses écrits qu’il a été témoin de la création de l’or, mais la découverte d’une substance capable de transmuter des métaux de base en or n’est qu’une légende.

La première référence écrite en langue anglaise au mot élixir est bien évidemment liée à la recherche de la pierre philosophale et à la contradiction avec le dogme religieux. Elle date de 1386, dans Canon’s Yeoman Tale de Geoffrey Chaucer.

Nous mettrons un terme à cette quête de l’or en citant ces paroles pleines de sagesse écrites en 1676 par Matthew Hale dans Contemplations moral and divine : « A Good Man is like the Elixir, it turns Iron into Gold. » (« Un homme bon est comme l’Élixir, il transforme le fer en or. »)

Au cours des cinq derniers siècles, le mot élixir a évolué pour désigner une teinture médicale composée de plusieurs bases (Joseph Du Chesne, The practise of chymicall, and hermeticall physicke , 1605 : « [Mercury, sulphur, and salt] brought into one body (which the Arabians call elixir) will be a medicine, etc. » – « [le mercure, le soufre et le sel] mélangés dans un seul corps (que les Arabes appellent élixir) formera un médicament, etc. ») ou la quintessence, le principe essentiel d’une personne ou d’une chose (1638, William Chillingworth, The religion of protestants a safe way to salvation : « The Spirit and Elixir of all that can be said in defence of your Church and Doctrine. » – « L’Esprit et l’Élixir de tout ce qui peut être dit en faveur de votre Église et de votre doctrine. »).

Depuis cinquante ans, l’industrie cosmétique nous propose toutes sortes d’élixirs nous promettant la brillance et la jeunesse éternelles, tandis que celle du divertissement n’a de cesse de nous abreuver de l’élixir ou philtre d’amour.